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07 mai 2012 : Hier, j'ai tombé et je mé fais mal

Hier, j'étais chez mes parents. A cause d'une sombre histoire de vote et de bureau electoral, comme quoi je suis encore inscrite chez mes parents... parce que je compte m'incrire dans mon patelin quand j'aurais déménagé (histoire de pas faire 50 fois la manip').
Bon. Bref. Et on est allés se promener, avec mon papounet et ma môman chérie. Dans la nature, sauf que, vu que je ne marche poas bien, on a pensé suivre un cours d'eau le long de la route. Un truc pépère, quoi.
En arrivant, mon père nous a laissé avec ma mère pour faire des photos. l'endroit était - à mon échelle - escarpé, donc on a attendu avec ma mère près de la voiture. Après, promenade.

Et voilà que j'ai envie de... faire caca. Merci chimio, ça presse toujours, c'est galère. Donc, je m'éloigne dans les buissons. Je m'accroupis, rien ne se passe. Bon, fausse alerte, je veux me relever. Et là : cata. En fait, j'ai besoin de m'agripper à quelque chose pour me relever, je n'ai pas encore assez de force dans les jambes. Là, j'avais rien, sinon des ronces. J'ai senti que je chancelais. Ma position a pris une position "tour de Pise" inquiétante. J'ai hurlé pour que ma mère vienne m'aider. Je sentais que je tombais, dans les ronces, cailloux, orties, et un peu d'herbe pour faire joli. Ma mère n'a pas eu le temps de m'atteindre, j'ai basculé sans avoir la force de rien faire. l'horrible sentiment d'impuissance... la tour de Pise a chu. Je me suis étalée dans les cailloux, les orties, les ronces. J'en ai pleuré.
Ma maman (douce maman), m'a redressée. M'a consolée. J'allais retrouver mes forces, ça allait aller, mais si. Tout doucement. Encore plus doucement qu la normale parce que mon corps est empoisonné par les chimios. Mais je me relèverais. Si ma mamie tombait, elle, elle n'aurait jamais pu se relever. Moi, j'aurais roulé, ça aurait été pas pratique, mais j'y serais arrivée... maman, douce maman.

Après, on est allés faire un petit tour, et j'ai eu une nouvelle alerte. De retour dans les buissons... pour me nettoyer parce que je n'ai pas réussi à me retenir. Ma mère s'est tenu tout à côté de moi, de dos, et je suis restée agrippée à son jean pour ne pas tomber à nouveau.
Le cancer, le chimio... la faiblesse. On perd de la pudeur, on se fiche que quelqu'un nous voie faire caca, on est malmenés... nos proches deviennent plus que des proches, on s'agrippe à eux comme des moules à un rocher. Et oui, l'amour de tous ces proches (mes amis, mes amours)  c'est un socle, une fondation.


05 mai 2012 : Fatigue, silence, et âpreté du combat.

Oui, cela fait longtemps que je n'ai pas posté. La raison en est simple : je suis éreintée, fatiguée. L'hospitalisation m'a... détruite (je vois pas d'autre mot), et la reconstruction de mon corps éreinté est longue. Longue. Longue. Longue. Des minuscules progrès de souris, jour après jour. Je marche un peu mieux (mais j'ai encore besoin du fauteuil roulant pour tous les trajets hors de la maison), le souffle revient tout doucement, très doucement. Je peux enfin traverser le couloir sans devoir m'accroupir pour reprendre mon souffle. Mais c'est long, oh que c'est long...
Et du coup, empêtrée dans mes pépins bêta du quotidien, je n'ai pas trop envie d'écrire. Ou alors, si, mais pas forcément de la maladie.

Je crois que ce qui est le plus dur à vivre, c'est cet espèce de yoyo de la bonne santé. Un jour, ça va à peu prés. Le lendemain, niet. Mal au ventre, aux jambes, barbouillée... parce que ma convalescence est quelque peu ralentie, entravée, par les chimios que je continue de suivre (encore deux, et scanner - donc scanner d'ici un mois à peu prés). Cette nouvelle chimio n'est pas "dure" (mais tout reste relatif), sauf que mon organisme est encore en phase de récupération. Je suis sortie de l'hôpital complètement exhangue. Je pouvais à peine marcher. C'en était au point où je ne pouvais pas aller aux toilettes assez vite, donc, Monsieur a été obligé d'installer un système à côté du canapé (avec une chaise prévue pour, une chaise percée, quoi) pour que... je ne me vide pas sur la moquette. Et là, je vous dis que Monsieur m'aime ! Scène irréaliste : on regarde un film. Alerte diarhée et me voilà assise dans le salon à côté de Monsieur (impassible et adorable) pendant que je me vide littéralement. Rien que le fait de pouvoir aller aux toilettes seules a été un combat. C'est horrible. Grappiller son autonomie par petites touches douloureuses... ça m'a usée. Je suis fatiguée, j'en ai marre. Marre. Je ne peux même plus monter à cheval ! Merde à la fin ! (je laisse le gros mot parce que j'en ai gros sur la patate).
Du coup, je rêve... je rêve qu'avec Monsieur, on a enfin déménagé dans notre nouvelle maison. Grande, belle, avec les chats qui galopent sur le carrelag et montent les escaliers comme des furies parce que pour mes deux minouches, c'est fun et nouveau. Je rêve de boire un thé dans une tasse chaude et fumante, la truffe au soleil, sur le pas de la porte. J'ai envie de regarer Monsieur courser les chats dans le jardin et jouer avec eux. J'ai envie de le voir s'agiter dansla cuisine... et même moi, m'y mettre. En ce moment, je m'y mets, d'ailleurs, à la cuisine. Envie de faire des choses de mes mains... et puis l'envie, la volonté, la rage de prendre du poids, de combattre l'anémie pour être forte, forte, forte. Souvent, je rêve que j'arrache les tumeurs qui m'envahissent à pleines mains et que je les jette au loin. Espèces de sales petits boudins rosacés et filandreux.


Et puis je rêve de mon cheval. Monsieur n'a qu'une exigence : qu'il soit noir. Bon, comme, à moins de miser sur des mérens ou des frisons, ça risque de pas être de la tarte... je me dis qu'un cheval foncé, bai brun ou noir pangaré, ça devrait faire l'affaire. Surtout l'hiver. L'été, bon, y aura forcément de la blondeur et de l'éclaircissement dans l'air... mais l'hiver, hein, hé ben, il l'aura, son cheval de Zorro, mon chéri ! Quand j'étais petite, je suis tombée amoureuse d'une rac de chevaux : les shagya. Mais il y a une autre race qui me botte. Le connemara. Poney, oui. Certes. Mais grand poney. Et puis il existe des modèles "hors cadre" (qui ont eu la fâcheuse idée de passer la taille minimale autorisée), or, vu ma taille un peu grande... vaudrait mieux que je tape dans le hors-cadre ! En plus, pour la première fois de ma vie, je sais où mettre mon animal-roi en pension. Parce que le club équestre où je monte habituellement est... extra. Et je sais que là, il sera entre de bonnes mains. La gérante est une perle rare, attentionnée envers toute sa ménagerie (qui ne compte pas que des chevaux...). Gentille, et adorable. Littéralement entourée de bestioles. Le cadre est sympa, y'a des balades à faire dans le coin...
Comme je rêve d'avoir un cheval à m'occuper... l'odeur des cuirs, l'odeur du cheval quand il revient du pré (crotté de boue sinon, ça ne serait pas drôle). En plus, la monitrice a une approche du cheval qui me plaît. J'ai envie d'apprendre à travailler sur le plat, à évoluer autour du cheval et pas seulement dessus... Le simple fait de brosser ce cheval, de l'emmener brouter dans les allées... ça me fait rêver. J'en ai envie. Bientôt, je serais assez solide juste pour aller dire coucou à ma monitrice préférée (avec qui je textote entre temps).


Un cheval à m'occuper... ce genre de rêve me soutient. Me consolide. Je vais un peu mieux chaque jour. Le Dr New était content : je reprends du poids (trèèèèès doucement), et surtout : j'ai de l'appétit. Ce qui est un signe plutôt encourageant vis à vis de la chimio (a priori, ça a l'air de dire que tout ça fonctionne pas trop mal - disons que si l'appétit ne revenait pas, cela voudrait dire que la maladie progresse - l'appétit est bien là, mais qu'a fait la maladie ?). Et... c'est tant mieux, parce que j'ai appris, j'ai demandé au docteur (quand j'étais encore hospitalisée, il y a quelques temps, donc) si j'avais des chances de m'en sortir. Il a été honnête : oui, mais ça va être très dur. Mes chances de m'en sortir existent, mais elles sont minces. Je m'y accroche. Quel autre choix quand on est trop amoureuse des siens, et du monde qui nous entoure ?

Je vais me remettre sur ce blog. Mais ça sera un peu long. Forcément, il y a tant de choses à rattraper... mais je vais y arriver (dios !).


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